DOUZE+1-1 : Lecture depuis la pénombre du monde | Juil 2021 [reportage #5]

à Valentin, Éric, Léa, Florent, Laure, Jean Jacques, Romain et Ségolène, Simon, Guylaine, Sébastien, Noam, Viatcheslav, Éline, Doriane, Marion et Léa, Christophe, Chakib, Jean, Stéphie, David et Louise, Françoise et Nicolas, David et Roch, Rémi, Catherine, Hélène, Simon, Fabienne, Dimitri, Alex, Charlotte et Robin, Anne Lise,…



Et si on arrêtait de compter ?


0. INTRODUCTION

Comme si la liberté était aussi là pour faire couler les larmes.

Nous sommes passés à 12 le 30 avril 2021, Aujourd’hui Isaac a 2 mois et 12 jours. Aliam a 7 mois et 2 jours. Bastien a 338 mois et 21 jour. Michael a 345 mois et 29 jours. Anne Lucie a 358 mois et 21 jours. Lucie a 375 mois et 13 jours. Cynthia a 386 mois et 6 jours. Habib à 438 mois et 19 jours. J’ai 456 mois et 13 jours. Farid a 456 mois et 30 jours. Loïc a 458 mois et 2 jours. Et Magali, 464 mois et 1 jour…

Tout ces chiffres de tous ces temps ne nous ont jamais aidé à savoir combien il nous en restait. Comme s’il y avait une blague pas drôle dans le concept de la longévité. N’ayant que nos larmes pour souffler. Nous restâmes donc à Douze. L’heureux +1 s’est soufflé avant l’air. Retournant dans son silence avant même d’avoir fait un bruit. On l’entendra peut-être au détour d’un sifflement de vent.

-texte de Magali-

Finalement, un quotidien sans résidence.

Depuis que nous avons mis Anne Lucie sur la lune au travers du personnage Yéroelle le 4 avril 2021, nous ne nous sommes pas mis à fournir un objet artistique englobant l’ensemble des contraintes de jeu pour une date de restitution précise. Nous ne nous sommes pas non plus tournés vers la création d’un propos, d’un objet, ou d’un mouvement pour en faire une restitution face à des regards extérieurs. Nous ne nous sommes pas non plus organisés pour que l’entièreté du collectif se tourne vers l’un de nous pour l’avancement de son activité. Nous ne sommes pas non plus arrivés à un moment où tous les sujets se sont concentrés en un objet à produire. Plus simplement, plus aucune résidence ne s’est produite depuis ce jour.

Bien que nous n’ayons pas mis en place de résidence, nous avons quand même continué. Tout en essayant de nouvelles formes d’organisation :

– Cynthia Perrein Patronne, mais à part paniquer dans son coin, nous n’avons pas fait grand chose.

– Puis j’ai fait un putsch, mais j’ai aussitôt laissé tombé à la fin de la journée, sans le dire aux autres.

– Puis, une répartition des tâches s’est faite, avec une équipe Intendance et une équipe Développement.

– Et la dernière idée était que chacun se nomme par un de ces trois titres : présent, absent ou bâtard. Ça a plutôt bien marché.

À part cette recherche d’organisation collective sans contrat, voici donc ce que nous avons produit tout en baignant dans l’ambiance d’une vie partagée par des créations, des désirs, des fatigues, des larmes. Et des bébés.

1. NOTRE MÉCÈNE EST UN ANGE.

-texte d'Anne Lucie-

Éric Léonard. Beaucoup de personnes de notre entourage connaissent Éric Léonard. Mais peut-être que peu savent comment nous l’avons rencontré.


La première fois remonte à 2018. Lorsque nous sommes allés voir une pièce de théâtre d’une troupe amateur de Science-po, où celui qui mettait en scène cette pièce, était aussi élève de théâtre dans les ateliers que nous proposions à l'époque. Alex Giraud. Aujourd’hui, il est celui qui joue le Clown dans notre spectacle "Le Clown et la Fée”


Je ne me souviens pas de grand chose de la pièce que j’ai vu ce jour-là, mais je me rappelle avoir vu la beauté de cet endroit, la superficie et le volume convenable pour pouvoir donner des cours, et la propreté impeccable.

Nous y sommes retournés quelques semaines plus tard. Oui, il est vrai que nous avions un désir de pratiquer la discipline du jeu dans un lieu semblable à celui d'Éric Léonard.

C’est la fondatrice de Tedua , Anne Lucie Dumay, qui aborda le fondateur de ce lieu qui, nous ne le savions pas encore, recelait de secrets et de trésors. “Comme son propriétaire!” pourrait-on se dire. Puisqu’une confiance est née. D’abord par des règles à suivre, ce qui est la moindre des choses lorsqu’un geste comme celui-ci est offert.

Durant toute une année, nous y avons donné des stages mais surtout joué et rejoué “le Clown et la Fée”, le même spectacle cité ci-dessus. Avec Alex Giraud. Alias Jean R’tard. Comme clown. Parmis les retours que j’ai reçu de ce spectacle qui était pourtant “fini” selon moi, avant tout cela, fût que le décor était nul -pour le dire vite-. Je l’ai entendu, mais à l'époque, voilà comment je m’identifiais pour en avoir le moins possible à faire : “Tout est dans le jeu!”


Aujourd’hui, je l’avoue, je négligeais le décor. Mais aussi les costumes et le maquillage. L'écriture, les lumières, la mise en scène et le jeu étaient bien évidemment entrés depuis longtemps dans mon estime de la discipline théâtrale. Mais c’est comme si je refusais d’y ajouter une apparence, comme s’il ne fallait surtout pas toucher à l’image que l’on renvoie. Mais Cynthia Perrein arriva dans ma vie. Costumière, scénographe et bricoleuse. Et maquilleuse! (Et désirante.) Et sa présence à mes côtés m’ouvrit les écoutilles pour penser aussi “l’aspect” des spectacles. Au moins, je me suis débarrassé de devoir m’en préoccuper: Cynthia est là, et elle a bon goût !

À partir de là, tout s’est amélioré. Certainement dû à la place qu'Éric nous a fait, ou encore au talent de mon amoureuse, ou encore par l’accueil qu’Anne Lucie m’a offert, et m’offre encore. Depuis, le regard des comédiens s’est redressé pour me laisser un droit de les pousser depuis ce sentiment: “mon” élan artistique. Et nous avons pu presser ce texte jusqu'à sa moelle.

Jusqu'à une certaine représentation où j’ai reçu ces mots de notre ange:

“C’est un vrai petit chef d'œuvre."

Et les représentations continuèrent, et le travail se poursuivit. Une deuxième année débuta, mais s’arrêta rapidement pour une raison sanitaire d’ordre public. (Je ne sais pas si vous êtes au courant.)

À la première vague, nous avons fêté l’hors du temps. Et c’est à la deuxième vague que nous avons transformé notre frustration renaissante en théâtre, dans le garage de notre jardin à Floirac.

Puis un jour, il n’y a pas si longtemps, Éric monta d’un cran.

Tout en nous ré-expliquant que le Puits du Mirail a été monté pour faire émerger des artistes, et que nous sommes dans les derniers temps pour profiter de son lieu, il nous annonce qu’il est prêt à nous réserver l’Auditorium de la Cité du Vin pour le vendredi 10 décembre 2021, dans le but d’y jouer ce même spectacle que nous avons produit une dizaine de fois au 50 rue du Mirail. Ce même spectacle dont le comédien actuel -Alex Giraud- est celui qui nous avait permis de mettre les pieds au plus profond du Puits du Mirail. Ce même spectacle “le Clown et la Fée”. Par ce même individu. Depuis ce même moment.

Comme s’il y avait un miroir planqué dans le recoin des mondes. Une porte cachée, pourtant donnant accès au coeur, partagée. Comme ouverte à double battants. Gagnants. Merci. À vous deux.

Retenez la date, s’il vous plaît : Le 10 décembre 2021. À l’Auditorium de la Cité du Vin…. 250 places. À remplir…

Quelques temps plus tard, Éric nous amène à la Cité du Vin dans le but de voir la salle de l’Auditorium et de commencer à parler avec les techniciens qui seront présents pour le bon déroulement de cette représentation.

La salle est magnifique, et l’ouverture du plateau est vaste. C’est une occasion en or pour passer en grand. Ça tombe bien, nous avons déjà tout sous la manche) et par l’audace d’offrir à ce spectacle une amplitude adéquate à cette salle, nous honorerons encore cet homme, Éric Léonard, d’avoir su faire fi des codes, d’avoir offert sa confiance, et de s'être reconnu dans le souffle qu’apporte cette pièce de théâtre.

Ma gratitude est la source de mon élan artistique, pour ceux qui n’avait pas saisi. Imaginez comme je suis à bloc.

2. LE SOUHAIT D’UN ENVIRONNEMENT SAIN, SOCIALEMENT, INTERCULTURELLEMENT, INSTITUTIONNELLEMENT… POUR TOUS (MAIS SANS OUBLIER PERSONNE CETTE FOIS-CI)… PARTOUT ?

- Dans le champ de notre quotidien, au moins.

En préambule, vous pouvez lire ceci : L’Entre-Deux-Migrations. Ou cela : Les absents parlent.



Est-il possible d’accepter que la crème de la crème des étrangers, c’est-à-dire ceux qui se foutent royalement de la France. Royalement. Est-il possible d’accepter que ces mêmes étrangers, se foutant autant des pauvres français que des riches français. Est-il possible d’accepter que ce soit ces mêmes qui travaillent dans nos vignes ? Et participent à faire nos vins, que l’on consomme. Nous. Tous. Du roi à la plèbe. Nectar aux tables du monde. Sans distinction. Sans discrimination. Nous avons juste à l’acheter -ou l’usurper-. Chacun de nous.

Est-il possible donc d’accepter que ceux qui nous servent puissent être payés ? Sinon, ce serait de l’esclavage. Non ? …

Et si nous ne craignions plus le manque d’argent ? Ne faudrait-il pas les remercier ?

Moi, je m’en moque, je n’aime pas le vin !

Et mes voisins. Ce sont mes voisins.


Et c’est ce qui justifie : le titre de ce chapitre.

Je partage donc le souhait de cet environnement sain. Culturellement mixte. Car il nous reste tant à découvrir, par exemple.

Socialement entreprenant, par exemple l’association Tedua est passée à une posture sociale “d’accueil”.

Un souhait d’un environnement sain également du point de vue institutionnel, car celui qui est au service de l’institution est celui qui permet d’organiser les ponts entre les mondes. Ainsi répandre ce geste qu’est l’accueil.

Et dans un environnement écologiquement sain ?…


Nous avons tous dû être instruit à l'écologie… Et quand on est entre voisins, celui qui croit avoir le plus raison sur comment le monde marche est traité d’imbécile par les autres. Il y a donc bien ici un appel à un espace tiers, institutionnel, social, culturel, qui pourrait faire naître une nouvelle manière d’aborder son altérité. Partout? Trop compliqué. Par tous ? N’est-ce pas envisageable en son for intérieur. Comme si ce n'était que la peur qui créait le danger.

Regardez un peu par ici, à la Cité de la Digue, alors. Et n’ayez pas peur: c’est blessant.


Dans le temps qui à suivi le grand nettoyage du 20 mars à la Cité de la Digue, cet espace de vie n’est pas demeuré sain… Bien que nous l’ayons espéré dans l’article précédent.

Après que nous ayons interpelé par téléphone et par mails le cabinet du Maire de Floirac, puis après que nous nous soyons pointés à neuf plus deux bébés à la mairie un lundi à 9H15 du matin jusqu'à en être accueillis par le premier adjoint au maire, Alexandre Bourigault, et Isaac Bagayoko, responsable du Service Médiation de la ville. Puis après une réunion dans les locaux de la mairie 4 jours plus tard -le 8 juillet- avec une quinzaine de professionnels du travail social et des institutions locales. Le Samedi 17 juillet, enfin, nous avons pu tous les accueillir sur notre lieu de vie :

  • Madame Nathalie Lacuey, deuxième maire-adjointe de la commune de Floirac,
  • Cédric Flous, directeur général des services et du CCAS à la ville de Floirac,
  • Catherine Vignerte, Chargée de mission Politique de la ville au sein de la Direction de l’habitat et de la politique de la ville de Bordeaux Métropole,
  • David Dumeau et Roch Malekat, du service médiation squats mandaté par Bordeaux Metropole,
  • Hélène Olivarès, responsable du service d’Action Sociale à la Maison des Solidarités de Floirac,
  • Service médiation de la ville de Floirac représenté par Isaac Bagayoko et Wassima El Bahloul ,
  • Christine Bouquet, présidente d'UNIRE,
  • Ghislaine Jos, Direction de Transition de UNIRE.

Le but de ce rendez-vous était de mettre en lumière ce site qu’est la Cité de la Digue, qu’une vie possible s’est établie entre 16 locataires en colocation et plus de 50 migrants d’origine bulgare vivant en squat dans les maisons voisines, avec pour titre : voisins.

Pendant ce temps, ailleurs (à Bordeaux) d’autres voisins vivent ça.

“Voisins” signifie l’altérité. Comme une reconnaissance de la liberté au-delà de tout concept de propriété, d’origine, ou de quoi que ce soit qui nous ferait nous imaginer que nous savons plus de choses que les autres, ou bien que nous sommes mieux que… Tout ce tas d’idioties qui a tristement amené l’humanité à se stade de la connerie. Un voisin, par le fait même de cette reconnaissance, peut se maintenir dans sa dignité.


Cependant, lorsque nous nous rendons compte que ce n’est que l’ignorance qui empêche les mouvements de partage (comme jeter ses déchets n’importe où par exemple), et lorsque le voisinage souhaite le rester pour faire sonner la possibilité d’UN monde, ce sont les institutions médiatrices, médiantes -comme si leur but n'était qu'à cette posture-, qui sont à appeler, afin qu’elles puissent poser un regard extérieur et donner leur direction avec la responsabilité publique.

Pour la Cité de la Digue, voilà ce qui en ressort :

  • donner un regard sur l'écologie et sur les gestes basiques à fournir dans son quotidien. Par exemple : pas de déchets = pas de rat.
  • re-scolariser les enfants. Pour les sortir de leur ennui, par exemple. Mais “l’accueil” est-il un sujet dans les écoles ?
  • et pourquoi pas, penser le relogement, au détour d’une tristesse, par exemple.

Durant cette réunion, il y a eu une ré-affirmation que ces maisons seront détruites et que ses habitants, tous, expulsés ou révoqués, au profit d’un projet probablement industriel ou de service public. Mais bon… on n’a pas encore eu l’occasion de parler de la belle Rosalie des Alpes rencontrée à la Cité de la Digue. Et puis… on ne sait pas encore très bien où ces chauves-souris, qu’on voit tourner chaque soir dans notre jardin, ont leurs demeures.


3 - Z0R0 CONTINUERA DE PLEURER, TANT QU’IL N’EST PAS SEUL.

C’est un peu cette expression qui m’inspire : “Qu’est-ce que nous n’avons pas osé pleurer ?”

-texte d'Habib-

Voilà les deux derniers gros événements qui se sont déroulés avec mon clown.

a) Un clip


Dans le cadre de la réalisation d’un clip pour le groupe de musique parisien Lili Marleen, toute la Cité de la Digue fût invitée pour un tournage en direct d’une improvisation de clown, la nuit du mardi 13 juillet. Le pari proposé au groupe de musique était de pouvoir à la fois faire un spectacle (où les mouvements du clown en improvisation resteraient dans la liberté partagée par la présence d’un public), et d’en plus offrir un jeu en adaptation aux caméramen pour la bonne réalisation des plans à capter. Afin d’avoir un rendu au montage vidéo, en adéquation avec la qualité musicale de ce groupe. Le tournage à débuté à 22h, et nous avons terminé à 2h du matin avec un merveilleux gin charentais de David Mimoun, que l’on remercie pour sa présence et son soutien.


Cependant, le résultat reste à voir. Ont-ils eu suffisamment d’images ? Le comédien n’a-t-il pas trop fait n’importe quoi, ou bien suffisamment ? Tout cela sera à voir sur leur chaîne Youtube. Ce fût un plaisir de rencontrer et Roman, et Jérémy, et Nacho (ce n’est pas seulement le titre de leur morceau). Comme pour m’indiquer un peu plus la place de la poésie ici-bas.


À partager.

b) Une pièce collective

Depuis février 2020, Z0R0 Z0RAÏ, nom donné par les personnes qui partagent mon quotidien, a commencé à exister. Je suis alors parti dans une épopée d’improvisations jusqu'à la dernière, le dimanche 30 mai 2021.

Après celle-ci, mon entourage tombe d’accord, en me disant : “Tu vas arrêter d’improviser. On s’occupe de t'écrire une pièce.” Bon, je ne sais pas trop ce que ça a voulu dire par rapport à ma dernière improvisation: serais-je allé trop loin ? Ou encore pas assez ?

Le jour de mon anniversaire, le 30 juin -à croire qu’il n’y a que le travail dans ma vie-, je reçois un livret grand format avec des aquarelles de Cynthia et tout un montage narratif de la pièce que l’ensemble des 9 créateurs ont discuté, choisi et monté. Le cadeau me donne une bonne petite claque d’amour.


J’ai reçu un deuxième cadeau -je ne suis que travail…-, un peu plus salé dirais-je.

Voilà ce que Julie Hercberg, la metteuse en scène, en dit :

“Pour reprendre les interrogations de Jonathan par rapport à sa dernière improvisation « serais -je allé trop loin? Ou pas assez ? », peut-être qu’il était important d’arriver au bout, d'épuiser le sujet ou l’énergie, et de se retrouver face à ces questionnements.

C’est ce que nous avons tous traversé ce dimanche après cette improvisation.

Un goût d’épuisement dans la répétition, comme si tout avait été déjà dit, déjà fait… Et pourtant nous savions que cela était impossible, le plateau est un endroit merveilleux et étonnant où rien n’est jamais pareil. En fait, pour avancer dans le travail à ce moment là, il fallait nommer l’exigence, elle était la seule réponse à ces questionnements. Ce n'était pas que Jonathan qui était allé trop loin ou pas assez, c’est qu’il était temps de débuter un autre travail. Celui de construire le squelette de cette pièce pour que le confort du comédien soit optimal, que le travail de répétition puisse être précis et exigeant.



“Il fallait donc arriver au bout, au doute et ça n’a pas été vain ! Toutes ces improvisations ont servi au travail de table que l’on a fait ensuite puisqu’elles étaient finalement notre mémoire commune pour construire le spectacle (qui est Zoro?, quel est le sujet?, quel espace?, quel corps?, etc). Et sans les passages de Jonathan au garage théâtre avant, il nous aurait été impossible d’envisager ce travail.

Il y avait de l’envie, de l’énergie, du calme autant que de l’agitation pendant ces sessions de travail de table et ça a rendu le travail efficace. Je sais que ce mot peut être entendu comme rendement mais ce n’est pas ce que j’ai en tête: efficace parce que concentré, joyeux, collectif et qu’au bout de trois réunions, nous avions déjà un joli squelette de la pièce pour la résidence de Zoro Zorai à la rentrée de septembre.

Bien que nous ne sachions pas ce que sera cette pièce, chacun de nous en a des images précises en tête. Nous ne savons pas pourquoi. Pourquoi Zoro Zoraï? Et pourtant nous l’avons décidé, en fait pour tout vous dire nous ne savons pas pourquoi nous sommes là, et pourtant nous nous persuadons que si, mais non. Mais si. Mais non. Non. Mais.”


4. LES APPARITIONS SCÉNIQUES ONT CONTINUÉ

Dimanche dernier, le 18 juillet, Nous avons fini cette “saison” d’apparitions scéniques. Ce fût, selon moi, la meilleure manière pour que des personnes souhaitant appréhender le jeu -comme celles que j’ai eu pendant les stages ou les ateliers pré-covid- se mettent la peur à l’air, plongent jusqu'à l'âme dans l’exposition scénique, face à la précision qu’offre l’oeil du public dans son espace intime. Avec cet axe précis : un terrain où tout ce que nous méprisons en nous peut se voir en joie : le clown.


Peut-être, que nous reprendrons la saison prochaine. Peut-être pas. Peut-être que ce sera toujours à la Cité de la Digue. Peut-être ailleurs.

5. ÇA VA FAIRE LONGTEMPS QUE NOUS NE PARLONS PLUS DE NOTRE SOUHAIT DE VIE.


Nous avons un projet général qui est de trouver un lieu de vie -d’habitat, d’entreprenariat, de spectacles, d’accueil-, et que ce lieu soit suffisament imposant pour faire rayonner cet acte qu’est l’accueil.

Jusqu'à aujourd’hui, parmi l’ensemble des articles (de 9+1 à 11+1-1+1), nous n’avions parlé que de l'Île de Patiras. Parce que cette île avait son phare sédentarisé, le miroir que cela nous offrait était suffisament surprenant pour que l’on se lance. Cela nous avait mis assez de baume au cœur pour s’y projeter et même faire dix jours de résidence à son propos. Et bien que cette idée n’ait pas tenu dans le temps car la masse économique exigée était faramineuse (l’achat d’un bateau, la fabrication d’un ponton par exemple), aussi parce que l’isolement que cela allait nous faire subir était de trop, malgré cela, des oreilles se levèrent parmis les chuchotement de l’air. Merci Siméon Gurnade pour ces échanges téléphoniques, et d’avoir ouvert votre écoute. Bonne route ! Et merci aussi à mon frère, Fabrice, pour le partage de l’annonce immobilière.


Puis, une seconde piste vient jusqu'à nous par mon amie de longue date, Amandine Steiblin, qui nous parle du château Puygueraud, à Baurech. Elle nous raconte qu’elle avait croisé un jour, aux Chantiers Tramasset, un homme propriétaire d’un château qui avait le souhait de le faire revivre par une vie culturelle qui l’habiterait. Cette fois-ci, nous sommes allés jusqu’au bout de ce que nous pouvions faire : nous lui avons adressé une lettre avec une belle enveloppe -non signée-, dans laquelle il y avait une seconde enveloppe, toute petite, où se trouvait une impression de l’aquarelle de son château en format carte de visite.

Puis, nous nous sommes déplacés, tous ensemble, pour poser cette lettre à la porte du château, pensant que nous n’allions trouver personne. Cependant, le fils de ce même homme nous ouvre la porte, et il nous raconte que l’ambiance liée à une mystérieuse crise sanitaire avait fait changer la donne : sa famille souhaitait retourner vivre dans le château. Après nous avoir servi un bon vin local, il nous adresse ces encouragements, et nous invite vigoureusement à persévérer. Nous partons le coeur léger, chargés de sa certitude que nous y arriverons. Merci pour son accueil. Désolé, nous n’arrivons pas à nous souvenir du nom.


Un beau jour, une autre rumeur attrappe notre attention par divers bouts. Le Domaine de Curton, situé à la Sauve Majeure.

Florent et Victor, nos amis du Collectif Sapin, un an plus tôt, nous en avait déjà parlé. Nous n’avions certainement pas assez insisté pour qu’une suite se fasse. Des bébés allaient arriver, trop d’immédiateté à gérer, je ne sais pas. Des confinements…

Cependant, comme si la vie nous disait de ne pas nous perdre, venue d’ailleurs par le biais d’une amie de Cynthia, Marion Volpilhac, voilà que l’on nous reparle de ce même château! Qu’une amie à elle, Léa Ben Haroun, faisait des allers-retours régulièrement jusqu'à ce lieu. Et qu’il y avait un homme, qui appelait l'écoute.

Nous rencontrons Léa, après qu’elle ait pris le temps de lire un de nos articles. Elle nous raconte une partie de l’histoire de ce monsieur, Yves Corbiac. Son estime pour cet homme nous semble assez extraordinaire pour que l’on saisisse la chance qui se présente à nous. Puis, quelques jours plus tard, elle nous y amène.

Et nous le retrouvons au domaine de Curton. Nous arrivons avec beaucoup d’espoir. Notre premier geste est d'être au plus clair avec lui. Que nous avons une vie collective, que le principe de cette vie collective est d’accepter les intêrets personnels de chacun, de tous, et donc les siens. Que rien ne viendra le doubler, puisque c’est vivre ensemble qui nous lie. Nous avons la Cité de la Digue, et nous pouvons profiter encore un temps du Puits du Mirail. Notre vie est déjà pleine et joyeuse. Il fallait qu’il le sache. Pour ne faire que laisser la place à la rencontre, ou pas.

La rencontre a eu lieu. Son dévouement pour cette terre est éblouissant, son savoir du terroir si étendu. Ses espoirs presque intacts. Le respect pour l’héritière du domaine, sans frontière.

C’est Bastien et Magali qui vont le plus souvent l’aider aux travaux agricoles, jusqu'à y aménager une pièce pour y dormir de temps en temps.

Et nous y sommes aussi tous allés, pour l’accompagner lors de rendez-vous spontanés face à des maires, ou encore pour sortir le fumier de l'étable. Pour parler et l'écouter, du “petit” patrimoine oublié de l’Entre-Deux Mers par exemple. Pour arroser. Puis, pour planter.


Et petit à petit, nous comprenons la profondeur du souhait d’Yves Corbiac. Ainsi que la stature de cet homme. Libre. Hors de la tendance des temps. Porteur du potentiel et de l’essentiel.


Un jour, il nous informe que l’héritère viendra autour du 15 juillet. Et nous donne son numéro. Il précise que c’est à nous de l’appeler directement. Ce qu’Anne Lucie fera deux jours plus tard. Et le rendez-vous téléphonique se passe bien, Anne Lucie aura rendez-vous avec elle le surlendemain, le vendredi 16 juillet.

Anne Lucie ne voulait pas s’y rendre les mains vides. Elle tenait à signifier notre intention. L’intention de notre démarche. À 9h, accompagnée de Bastien, la fondatrice de Tedua, qui m’accueillit pour redonner vie à mon élan artistique, était accueillie par la première héritière du domaine de Curton, avec son fils, sa fille et le mari de cette dernière.

Notre souhait de vie n’est pas de posséder, mais de créer, d’embellir. Cette certitude dans le coeur d’Anne Lucie lui offrait la légèreté d’un ange -tiens donc, un autre-. Comme si sa vie actuelle, à la Cité de la Digue, lui était suffisante pour y mourir. Elle a pu, depuis l’espace de sa liberté, et depuis la confiance en son écoute, tout raconter à ses hôtes. Et leur a aussi remis une enveloppe.


À leur retour, Anne Lucie et Bastien nous font mijoter juste ce qu’il faut, et nous racontent leur rencontre. Il n’y a pas de “non” affirmé. Il y a l’accord pour suivre et accompagner Yves dans l’exploitation agricole. Leur accord pour envisager des travaux de rénovation, comme amener l’eau courante par exemple.


Une des choses qui nous importe beaucoup est un souhait qu’Yves a confié à Bastien. Bastien ayant été trop touché par cette confidence, il nous l’a partagée, puisque nous parlons de tout. Yves souhaite mourir dans une pièce précise du château, celle où vous pouvez y voir notre ange de passage là-bas, Éric. Et cela nous offre un temps d’action précis : vite.

-texte de Bastien-

Dans cette histoire de longévité. Il y a un certain moment, il me semble, où une connaissance certaine arrive. Un certain temps, où les dés, pour sûr, sont jetés. Mais c’est amusant de sentir qu’il y a toujours un truc à vivre, comme si ces dés, pourtant jetés, profitaient d’un temps infini pour rouler et rebondir sur le tapis. Comme s’il pouvait y avoir dans l’instant de l’arrêt du temps, un monde qui ne s’arrête pas de se connaître, de se souvenir et de s’aimer.



6. LE SOUTIEN DU MONDE

Chez nous, Ici, À la Cité de la Digue -point de départ logique pour la traversée d’un phare!- , Le Château de notre projection est d’offrir une terre d’accueil, de retraite, de distraction, d'élaboration de projets locaux et transnationaux, de création artistique ou numérique, d’une possibilité certaine de pouvoir vivre ce que nous vivons déjà :

L’ensemble.

Ceux qui ont eu l’occasion de venir jusqu’ici savent de quoi nous parlons. Et ceux qui ont compris le savent.

Il y a donc des bras qui s’ouvrent, avec eux, un château ayant des murs suffisamment impressionnants pour permettre de poursuivre ce reflet qu’est la férocité d’une possibilté de vivre-ensemble. Depuis ce seul geste, toujours le même : Accueillir l’autre.

Alors, En cette fin de saison “extra-culturelle”. …

Nous allons, Toujours, Encore et toujours. Pour toujours. Continuer.

Comme si c'était la vie qui n’avait plus besoin de s’arrêter pour y saisir son éternité. Cette vie, pourtant déjà passée. Cette même vie, pourtant loin d'être accomplie.

Nos pères ne seront que veille. Un jour. Et nos mères peuvent sièger. Aujourd’hui.

Continuer pour respirer toujours plus loin, hors de la bêtise. Acceptant vague mortelle comme infinie immobilité. Autant en cristal qu’en granit, qu’en nuage ou qu’en lune, sifflons l’air du monde. Et continuons.

La douce vie à la Cité de la Digue et celle de son théâtre de fortune trouvera peut-être encore un souffle sur la saison suivante.

Peut-être pas.

Nous aurons aussi du travail avec des temps de résidences et sans. C’est certain ! Où que nous soyons. Il y aura pour sûr des résidences à faire pour le Clown, la Fée, YÉROELLE et ses deux Etoiles, au moins. Pour ce spectacle, ce conte qui s’appelle : “Le premier des fils de Yéroelle : le Clown et la Fée”.

Ainsi je repose cette question : À quoi peuvent bien servir nos projections ? Serait-ce pour reconnaître la réalité de l'éphémérité ? Toutes nos projections alors ne seraient plus faites pour nous. Pour qui les discutons-nous alors ? Proposition : l’enfance. C’est cela demain, non ?

L’enfance.

Qu’elle soit, Notre propre progéniture. Ou celle des voisins.

Ou bien, De nos souvenirs d’hier À nos caprices du jour.

Ou encore, De ce qu’il reste en nous Heureux de s'émerveiller D’un seul présent.

“L’enfance au centre des pensées collectives.”

Car elle, Dans ce présent, Profite juste de la confiance.

Qu’autour d’elle, Alors, Accueillent pères mères et

Frères.

Nous continuerons d’inviter et d’appeler les vogueurs. car si nous nous amarrons ensemble à ce qui ne peut faire qu’accepter, la joie se poursuivera. Mais en plus, Nous aurons la possibilité de porter soin à chacune, À chacune des pierres d’un château éternel. À chaque souvenir d’un monstre de savoir. Pour continuer de faire chanter les histoires du Phare Flottant.

Pierre et plume.

Et ainsi, Ainsi Finir en s’installant confortablement au bord de la pénombre du monde pour son bouquet final.

Depuis le bord de la pénombre du monde… Qu’avons-nous réellement besoin de compter ?

Est-ce, “Combien je vais gagner ?”” “Combien de personnes m’aiment ?”” “À combien vivons-nous ?” “Combien de temps me reste-t-il ?” …

Comme si tout était déjà là. Comme s’il ne nous restait plus qu'à accueillir ça. Alors, si on arrêtait de compter ?

Bonnes vacances. jo

PS : le rêve de Yves : que les terres du patrimoine oublié de l’Entre-Deux-Mers puissent être restaurées pour en faire des terres nourricières. Qui est chô ?


—article bouclé le mardi 30 juillet 2021 (jour des trois mois d’Isaac :-)—


Date de parution: le 30 juillet 2021.

Écriture:
- Jonathan Dupui
- Julie Hercberg

Captation et montage Vidéo:
- Bastien Lasserre

Photographies et retouches:
- Loïc Arnaud
- Jérémy Chamot Rossi (photo avec les chaussures de clown)

Textes et Enregistrements audio:
- Magali De Bortoli
- Anne Lucie Dumay
- Habib Belaribi
- Bastien Lasserre
- Jonathan Dupui

Mise en forme web et Relecture:
- Jonathan Dupui
- Habib Belaribi

Acting:
- Alex Giraud
- Jonathan Dupui

Contact: Anne Lucie Dumay, Magali De Bortoli (diffusion@association-tedua.fr, 07 82 43 20 68).


Sources numériques citées dans l’article:
- https://unire.fr
- https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux/incendie-dans-un-squat-au-nord-de-bordeaux-une-quinzaine-de-caravanes-brulees-2185681.html
- https://lilimarleen-groupe.fr
- https://www.alcools-vivant.com/presentation
- https://www.happen.fr/author/collectifsapin
- https://www.jeremychamotrossi.com/gare-dabkhazie.html


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